dimanche 9 décembre 2018

Des illuminations aux illuminescences











Historique de l’expédition :
 (La carte du tendre)






Nous sommes partis de là...




Sensation


Dans les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.


Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.




Mars 1870.










Des fleuves de sensations...
(Aurore...)


Je suis revenu mais je n'oublierai pas
Des piliers plus que d'or
Juste devant moi
Un village de conte
Des voiles d'ouate
Qui s'en arrachent
De grands oiseaux sur des pierres
Lisses et miroirs à la fois
Tous ensemble qui s'envolent
Et se détachent sur un incendie de ciel,
Une forêt, noire,
D'un autre âge qui veille


4 h et demie je ne suis plus là


La Lorelei juste devant moi
Ne saura pas
Jamais
Et les reflets hallucinogènes du monde dans son dos
Dans ses mille cheveux
Et le poids de son corps sur moi


Des fleuves de sensations
Nouvelles
De la mer
Se déversent
En moi.


Juste retour.






(Binz. Plage de la “Freikörperkultur”;
à l’aurore
... )






Des illuminations aux illuminescences.


Nous sommes donc partis de là... avec cette capacité intacte à l’illumination qu’ont parfois encore les adolescents (à quinze ans et demi...) que n’ont abîmés ni l’alcool, ni les drogues, ni les orgies ordurières, ni les “romances” kitschs et délétères ; et que les routines obsédantes du monde n’ont pas encore saisis. Ni les identifications sociales.


Nous sommes partis de là... et, pour au moins l’un d’entre nous, exactement au même âge que celui qui avait écrit ces vers – presque jour pour jour.
Ni plus ni moins.


Nous sommes partis de là... du mirifique éveil au monde où l’on ne parle pas, où l’on ne pense rien mais dans lequel l’amour infini vous monte dans l’âme ; et, grâce à Rimbaud, en toute connaissance de cause – privilège des poètes français...


Cet éveil miraculeux au monde nous lui avons été, nous lui sommes, toujours, fidèles ; il ne nous a jamais abandonnés ; nous ne l’avons jamais perdu.


C’est la base de notre aventure ; et si l’on ne comprend pas cela, on ne comprendra rien à ce que déploient les sensualistes – aujourd’hui. Ni à leur désaveu des sociétés, de leurs “penseurs” et de leurs “histoires”.


Dès ce départ, nous voulions, nous aussi, aller bien loin, “comme un bohémien” – ce qu’il nous a fallu imposer au monde qui avait d’autres projets pour nous, et qui ne l’entend jamais de cette oreille (mais a-t-il seulement des oreilles ce pauvre monde ? Est-il seulement ?)


Toutefois, ce que nous voulions, par-dessus tout, vraiment connaître, c’étaient cette union et cette jouissance amoureuses de l’homme et de la femme, que Rimbaud dans ce poème présentait intuitivement, mais avec raison, comme le lieu et la formule suprêmes où se révèle l’amour infini qui vous monte dans l’âme, lorsque l’on ne pense plus rien et que l’on va, dans ce monde, libre et sans buts ; le lieu et la formule étalons, à l’aune desquels se jugent toutes les autres illuminations poétiques (“heureux comme avec une femme”).


Il s'agissait de trouver cette jouissance avec l'autre sexe ; pour nous, la femme.


Il s'agissait donc de trouver ce qui est par-delà l’éveil, au-delà des mots ; par-delà l'éveil à la beauté sans âge du monde qu’offre la nature – qui nous possédait déjà, par éclairs ; par-delà ce qu’avait noté, par exemple, le haïku. Dont l’auteur d’une “anthologie-promenade”, en français, signalait, bien avant nous, la pauvreté amoureuse-voluptueuse.
La rencontre, l'appariement des sexes opposés, et la divine ardeur des sens, loin, bien loin, comme des bohémiens, par la Nature, voilà ce qui fut, dès l’origine, notre Graal. Au-delà  du satori “naturaliste...”


Mais ce qui fait des sensualistes – et pour parler comme Lin-tsi – des “pionniers d’avant-garde” contre, d’une part, la folie rageuse du caprice névrotique souffreteux de l’injouissant contemporain, pervers polymorphe qui s’emporte dans la pensée techniciste et que la pensée techniciste emporte avec elle encore davantage, et, d’autre part, contre les réactions passéistes “spiritualistes”, y compris celle que peut représenter la fuite dans “l'éveil”, plus ou moins schizoïde, à la nature, c’est ce que nous avions appris également de Rimbaud qui écrivait encore :


La Poésie ne rythmera plus l’action ; elle sera en avant.
Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, – jusqu’ici abominable, – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi !”


Le mouvement, l’expansion, la création, le jeu, la rencontre et la reconnaissance des êtres avec, par-dessus tout, l'amour, l’amour charnel, comme forme supérieure d’accession à l'ouverture du Temps poétique et à la contemplation, voilà ce que nous recherchions. Ce que nous avons trouvé. Ce que nous offrons au monde.


Mais, à bien considérer les choses et le mouvement du monde, on s'aperçoit sans trop de peine que c'est aussi ce que recherche l'époque tout entière, ce qui est au programme “musical” de cette saison-ci, en quelque sorte : “percer à jour le drame de la conscience humaine afin d'apprendre à reconnaître pour les détruire tous ses ennemis intérieurs” pour pouvoir trouver, enfin, par-delà l'ancestrale Séparation et l'ancestrale guerre des sexes, la jouissance du Temps et de la vie ; ce qui correspond, dans le même mouvement, à trouver la clef des champs et des chants possibles d'un déploiement poétique.
La lumière.
L'aurore pour de nouveaux siècles de Lumières.
À venir.


De toute façon, c’est à la pensée occidentale, celle qui a produit le XVIIIe siècle français, que revenait le privilège de poser et de résoudre la question du rapport voluptueux et égalitaire entre les hommes et les femmes, et du  dépassement de l’éternelle guerre des sexes ; de liquider cette question du dépassement, d’une part, du néo-matriarcat — qui progresse régulièrement depuis quelques décennies et tente de nous préparer le même monde absurde et “désenchanté” mais “fonctionnel” et régenté cette fois – “en douceur” ou “en violence” bien castratrices – par des pondeuses, le plus souvent anciennes agitées de la misère sado-masochistement sexualisée... — dominé par cette vieille folie des femmes du patriarcat — résultat de leur assujettissement à la folie des hommes ; et donc de leur castration à la volupté et de leur injouissance consécutives — faite de manipulation narcissique de l’enfance, de régression dans l’analité sadique, de masochisme pleurard et vengeur, d’hystérie spirite, et, d’autre part, du patriarcat — résultat de la folie des fils, des frères et des maris des premières – rendus fous par, entre autres choses, la folie de leurs femmes, de leurs sœurs et de leurs mères – et faite de manipulation narcissique de l’enfance et du reste, de régression dans l’analité sadique, de masochisme théâtral et vengeur, et donc de leur castration à la volupté et de leur injouissance consécutives —, patriarcat qui, lui, a bientôt fini de transformer cette planète en un charnier et une poubelle invivables : la fameuse “poubelle de l’Histoire”...


Supériorité française selon Céline : “... le marivaudage, croyez-moi, est notre bien ultime aimable clef !... Amérique, Asie, Centre-Europe ont jamais eu leurs Marivaux... regardez ce qu'ils pèsent, éléphantins ! balourds maniéreux !....” (D’un château l’autre).




Avant-garde Sensualiste 3. (Janvier 2005-Juin 2006)




(Première mise en ligne : 19 janvier 2012)




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vendredi 9 novembre 2018

Deuxième bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux






Le Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux a une nouvelle adresse.
Merci d’en prendre note.



Le 9 novembre 2018




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